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On l’appelait Gudule (conte de Noël)

(Conte de Noël inspiré de l’an mille, des personnages de Gerbert d’Aurillac et Robert le Pieux, ainsi que de la renaissance du XIIème siècle, avec quelques parallèles entre cette période et celle d’aujourd’hui.)

Au matin d’un 24 décembre ensoleillé, une jeune femme s’assit dans le TGV Paris-Genève passant par Mâcon pour rejoindre Cluny où elle allait passer Noël en famille. Elle était âgée de vingt-sept ans et vivait à Paris où elle travaillait dans un cabinet d’architectes. Elle avait une sacoche. Sur le siège face à elle était une fillette d’environ dix ans. Ses immenses yeux verts et ses longs cheveux blonds tombant sur un imperméable trop grand lui donnaient un air de princesse. Quelques instants plus tard, un vieil homme vînt s’assoir à côté de l’enfant et posa devant elle un grand gobelet rouge empli de soda. Il aurait pu être son grand-père. Il avait de petits yeux rieurs, une imposante barbe rousse et portait un blouson usé de cuir noir. Il était plutôt bel homme et ses gestes étaient distingués. Lui et la fillette avaient pour tout bagage un vieux sac à dos. Le vieil homme dit à la jeune femme :

« Je m’appelle Jean, et voici Lucie. Enchantés. »

Jean et Lucie vivaient dans une caravane entourée d’un potager, avec un chat et un perroquet. La jeune femme répondit à Jean :

« Moi de même. Je m’appelle Hélène. »

– Vous rentrez fêter Noël en famille, Hélène, n’est-ce pas ?

– Fêter Noël… on ne peut pas vraiment dire ça. Je ne crois pas trop au sacré. »

La fillette dit pensivement : « Vous n’avez pas d’enfant, mademoiselle, et vous cherchez toujours l’amour de votre vie. » Hélène, surprise, demanda : « Comment sais-tu cela, Lucie ? » Le regard de l’enfant traversait la jeune femme. Lucie dit : « Sacré est le corps de l’enfant mort que ses parents enterrent avec une infinie délicatesse, car c’est l’amour enseveli. » Hélène écarquilla les yeux et tourna la tête vers Jean qui déclara alors dans un grand éclat de rire : « Parfois elle parle ainsi. »

Et Lucie rougit.

Le train démarra. Ils étaient les trois seuls passagers de la voiture. Jean continua :

« Nous rentrons du Louvre où nous sommes allés admirer la Joconde et le Saint Jean-Baptiste.

– J’aime beaucoup le Louvre. J’y ai emmené récemment mon neveu qui est environ du même âge que Lucie. D’ailleurs, il me faut lire ce livre avant d’arriver. » dit Hélène qui sortit de sa sacoche un livre de contes qu’elle posa sur la tablette avant d’expliquer :

« Mon neveu me demande toujours de lui raconter des histoires mais je n’en connais aucune. Vous en connaissez, vous, des histoires ?

– Oui, j’en connais même beaucoup. Voulez-vous que je vous en conte une ?

Hélène acquiesça et Jean commença son récit :

« Il y a fort longtemps, un royaume était atteint d’une malédiction. Les artistes disparaissaient les uns après les autres, de sorte que tout devenait laid. Le roi s’appelait Aenius Pendragon, dit « le Pieux » car il avait fait édifier de nombreux monastères. Aenius était le lointain descendant du célèbre Arthur qui avait été élevé par l’enchanteur Merlin. Il possédait le Graal que le roi Pécheur avait offert à son aïeul. Une activité intense régnait dans le secret des abbayes et les alchimistes menaient de mystérieuses recherches sur la pierre philosophale. En cette période sombre, les routes n’étaient plus sûres du fait d’incursions guerrières. Les gens parlaient d’apocalypse. C’était un peu avant l’an mille.

Aenius était vieux. La reine Berthe, unique amour du roi, était morte. Leur seul enfant n’avait pas survécu. On disait qu’il attendait de trouver enfin un digne successeur pour mourir. Certains le disaient sénile car il affirmait  toujours chercher le Graal qui était pourtant en sa possession. On garde de la reine le souvenir d’une femme cultivée et froide qui n’apparaissait que rarement en public. Le roi conservait d’elle plusieurs portraits. Cependant, celui qu’il préférait était d’une femme que personne ne connaissait. Beaucoup disaient qu’il s’agissait d’une maitresse, d’autres, de la mère du roi.

Le plus proche conseiller d’Aenius était son ami l’abbé Vetus, dit « le Savant ». Il avait assuré la formation intellectuelle du roi, notamment dans la bibliothèque du château. Il avait désormais le titre de « premier peintre et premier architecte ». On le disait buveur. Le roi le surnommait son « enchanteur » car Vetus portait une robe et…. » Jean dit avec ses yeux rieux : « … une immense barbe rousse. En outre, Vetus avait un chat baptisé Aristote. »

Lucie sourit.

Jean continua : « Aenius lui avait confié la responsabilité d’un orphelinat sis dans un ancien monastère. Les enfants de la dite « famille des Orphelins » considéraient Vetus comme leur père. Il leur enseignait les Saintes Ecritures et les arts libéraux. Chaque mois, Aenius leur rendait visite, s’enquérant de leurs tempéraments et de leurs progrès. Vetus avait pour serviteur un enfant qu’il avait trouvé sous son porche par une nuit d’orage et dont il avait fait son élève. Cet enfant avait dix ans et on l’appelait… » Jean fit une pause puis reprit avec un grand sourire: « On l’appelait… Gudule ! Gudule le Misanthrope, car il disait parler aux morts. » Puis il ajouta, en levant le doigt : « Et Gudule avait un perroquet qui s’appelait Coco. »

Lucie sourit.

Jean poursuivit : « Le principal prétendant au trône s’appelait Gnafron. C’était un homme d’allure colossale et toujours en armure. Sa famille, de petite noblesse, avait fait fortune grâce au produit de ses vastes terres, se garantissant ainsi une ascension rapide. Les artistes le surnommaient Gnafron l’Avorton. Le désamour était réciproque. Comme il voulait un jour faire exécuter son portrait, il s’adressa au premier peintre du royaume, Vetus, qui ne le connaissait pas encore. Gnafron posa dans son armure rutilante et demanda à l’artiste de le peindre le plus fidèlement possible. Le peintre l’observa et se mis à l’ouvrage. Il tendit enfin à Gnafron le portrait d’un homme nu sur un monticule de cailloux branlant. Le colosse emporta le tableau pour le brûler, en criant : « Vous les artistes montrez toujours les hommes nus ! »

Ainsi, par un beau jour de printemps peu avant l’an mille, les orphelins de Vetus jouaient dans le jardin du cloître avec des épées de bois, parlant du roi Arthur, de chevaliers et de princesses. La discussion tomba sur le Graal et la pierre philosophale. L’un d’eux dit : « Le Graal est la coupe qui servit à recueillir le sang du Christ. Il procure la vie éternelle à qui y boit. La pierre philosophale transforme le plomb en or. Elle procure donc la richesse à qui la possède. » Gudule lui répondit alors : « Les savants ont toujours dit que le Graal semblait ce que tu décris. Pourtant, ils n’ont cessé de se demander ce qu’il était réellement. Ils ne le savent donc pas. Et si la pierre philosophale transformait vraiment le plomb en or, elle ne porterait pas ce nom car les philosophes méprisent l’or. Ces mots désignent donc d’autres choses que ces métaux et dont on veut garder le secret. » Depuis le déambulatoire, Vetus les observait. Aristote aussi.

L’été suivant, tandis qu’il déterrait des poireaux dans le potager, Gudule demanda à Vetus pourquoi les artistes disparaissaient et quel était le rapport avec l’apocalypse dont les gens parlaient. Vetus conduisit Gudule dans son étude pour lui montrer une coupe rouge à moitié remplie de Muscadet et dont il se servait pour boire. Il demanda alors à l’enfant :

« Peux-tu me dire ce qu’est cet objet.

– Et bien, c’est une coupe rouge. »

Vetus désigna ensuite son chat, Aristote, qui sommeillait sur le rebord de la fenêtre, puis il dit :

« Aristote voit le monde en bleu et en vert. Il ne perçoit pas le rouge. Parmi les créatures de Dieu, peut-être aucune ne voit comme l’Homme. Si tel est le cas, et si celui-ci n’existait plus, y aurait-il encore un sens à dire que cet objet est une coupe rouge ?

Gudule réfléchit puis répondit :

« Non, car il me semble que la coupe rouge que nous voyons n’est que notre représentation humaine d’un objet réel, et peut-être décrit-elle cet objet aussi pauvrement qu’une de nos cartes en peau de mouton brunie représente un paysage avec tous ses détails, ses couleurs et son histoire.

– Et lorsque nous disons que cet objet est une coupe rouge, ne confondons-nous pas la représentation subjective que nous en avons avec cet objet lui-même, ne comprenant pas qu’il est probablement différent et plus que ce que nous voyons ?

– En effet, ce me semble. Mais alors, quel est cet objet en réalité ?

– Nul ne le sait, Gudule. Les perceptions et les idées qui nous servent à nous représenter le monde ne sont pas celles qui le décrivent le plus précisément mais celles, aussi subjectives et limitées soient-elles, qui nous permettent de cheminer dans l’existence en discernant ce qui est bien de ce qui est mal pour nous, comme une carte dans un paysage. Aussi sommes-nous prisonniers d’un monde de représentations humaines qui nous séparent des objets et des êtres tels qu’ils sont réellement.

– N’est-ce pas ce que disait déjà Platon, disciple de Socrate, à travers l’allégorie de la caverne ?

– Oui, Gudule. Et les artistes voient ces murs que les autres ne voient pas alors ils tentent par tous les moyens de les traverser, pour accéder au monde réel qui est au-delà, puis pour le dire et le montrer. Tu verras par exemple un peintre retoucher obsessionnellement la représentation d’une coupe rouge ou le portrait d’une femme pour percer leurs apparences et accéder à ce qu’ils sont vraiment. C’est pourquoi les artistes sont incompris par ceux qui prennent les représentations humaines pour le monde réel. Et lorsqu’ils disent et montrent, ils passent pour fous tel le philosophe qui revient dans la caverne. Obsédés par cette quête, ils finissent par y sacrifier leur être. Les faux artistes, qui sont la majorité, ne font que les singer.

– Outre le philosophe et l’artiste, qui peut-voir les objets et les êtres tels qu’ils sont réellement ?

– Lorsque vînt le fils d’un charpentier, Jean le Baptiste le vit tel qu’il était. »

Après un court silence, Vetus reprit : « Les savants, tentant eux aussi de voir le monde tel qu’il est, travaillent à retirer de leurs représentations la part humaine et subjective. Mais leurs représentations étant toujours nécessairement humaines, ils finissent inéluctablement par les remplacer par d’autres, et par parler un langage inhumain, sans même savoir à quel point ils se sont approchés du but. Ainsi, les représentations de nos savants, que nous appelons connaissances et qui évoluent, s’éloignent progressivement de celles qui permettent à nos gens de vivre, lesquelles nous appelons croyances et qui sont fixes. Lorsque cet écart devient trop important, les représentations de nos gens s’écroulent et ils errent, dispersés, parmi les ruines des croyances anciennes et parmi les autres croyances présentes, pour se reconstruire des certitudes leur permettant de cheminer dans l’existence. Alors le bien des uns devient le mal des autres et inversement. Ce sont les temps d’apocalypse. Voilà ce qui préoccupe le roi. L’harmonie des représentations doit alors être rétablie et une nouvelle ère s’ouvre. Puis l’écart s’accroit de nouveau et le processus recommence. Ainsi les ères se succèdent-elles. Pour le dire dans le langage de nos Saintes Ecritures : perturber l’arbre de la connaissance du bien et du mal fait trébucher l’Homme. Ainsi le Seigneur lui interdit-il d’y toucher en son absence.

– Comment est rétablie l’harmonie des représentations ?

Vetus répondit : « Il est tard. Vas donc éplucher les poireaux. » Puis il but une lampée de Muscadet.

Le 6 janvier, jour de l’Epiphanie, eut lieu la fête des fous durant laquelle maîtres et serviteurs échangeaient leurs rôles. Un banquet était organisé au château. Y étaient conviés les gens les plus importants du royaume. Les seigneurs, dont beaucoup prétendaient au trône, arboraient des surcots de satin rouge ou jaune bordés de fourrure de vair grise. Les dames étaient vêtues de riches robes en soie de Venise rehaussées au fil d’or. Gnafron était là, dans son armure couverte d’une cape de fourrure d’hermine. Il était entouré de nombreux courtisans. L’assemblée contait aussi plusieurs prélats vêtus de noir. Les serviteurs, dont Gudule qui accompagnait Vetus, allaient et venaient avec des plats de gibier rôti, au miel ou au safran. Ils coupaient la viande et servaient le vin aux convives. Couchés dans un coin, deux lévriers regardaient passer les plats fumants avec envie. Un peu à l’écart se tenait Aenius en compagnie de trois artistes : son ami le peintre Vetus ainsi qu’un sculpteur et un musicien. Lors du banquet, le souverain organisa un jeu dont le gagnant serait roi pour la journée, recevrait mille pièces d’or et pourrait toucher le Graal. Tandis qu’Aenius, Vetus, le sculpteur et le musicien observaient, tous les courtisans et serviteurs s’avancèrent pour participer ; tous, sauf Gudule, qui restait en retrait. L’apercevant, Gnafron lui demanda : « Ne veux-tu pas être roi ? L’enfant dit : « Je suis indigne d’être roi, ne serait-ce que pour un jour. » Le colosse poursuivit : « Ne veux-tu pas les milles pièces d’or ? » L’enfant dit : « Un matin d’hiver comme celui-ci, tandis que je marchais seul dans un cimetière, j’entendis du bruit: c’était un mort qui pleurait. Je lui en demandais la cause. Il me dit : « La richesse des sentiments vaut plus que celle des vêtements, un ami vaut plus que cents courtisans, et il est vain d’être l’homme le plus fortuné du cimetière. Mais cela, je l’ai compris trop tard. » ».

Aenius désigna l’enfant au sculpteur et lui demanda:

« Que vois-tu ?

– Un roi » dit le sculpteur.

Puis il se tourna vers le musicien et lui demanda :

« Qu’entends-tu ?

– Un roi » dit le musicien.

Puis le jeu eut lieu tel que le voulait le roi. C’était une épreuve de force. Gnafron la remporta. Ainsi fut-il roi pour le restant du jour. Aenius le mena donc jusqu’au Graal et le lui tendit. Celui-ci saisit l’objet : rien ne se passa. Surpris, il le retourna en tout sens pour l’observer. Enfin, il déclara :

« Pute borgne, mais c’est qu’une simple coupe !

– Nous ne savons pas de quoi il s’agit en réalité. Autrefois, le roi Arthur envoya ses chevaliers interroger les sages des contrées lointaines, en vain. »

Gnafron porta le Graal à ses lèvres, le renifla, puis s’exclama :

« Et il sent le Muscadet !

– Certes. Je l’avais confié à mon enchanteur, Vetus, lequel s’en est servi pour boire. J’ai dû le lui retirer. »

Dépité, Gnafron repartit.

En déambulant dans le château, il passa devant les immenses portes de la bibliothèque. Elles étaient sculptées d’une myriade de visages humains aux bouches béantes et muettes qui semblaient vouloir s’extraire de la surface comme des morts de leur tombeau. Intrigué, Gnafron les ouvrit pour jeter un œil à l’intérieur : l’atmosphère était sombre et renfermée, uniquement transpercée d’un mince rayon de lumière tombant d’une étroite ouverture. Le silence était complet. Quand ses yeux se furent habitués à l’obscurité, il vit au centre de la petite pièce carrée un lutrin de bois sur lequel reposaient une chandelle et le cuir de vieux manuscrits. D’autres sommeillaient sur les étagères alentour. De nouveau déçu, Gnafron referma les portes de la bibliothèque et continua son chemin à travers les couloirs du château tandis que dans la salle du banquet, le repas battait son plein. Peu après, Aenius, Vetus et Gudule arrivèrent devant ces mêmes portes. Vetus déclara : « Bienvenus dans mon royaume. » puis il les ouvrit. Ils se retrouvèrent alors dans un autre monde.

Sous un ciel vert, à travers une atmosphère intemporelle et vaporeuse, à perte de vue s’étendait un paysage minéral de roches, d’édifices de toutes sortes et de ruines balayées par le vent et la pluie. Au loin apparaissaient des rivières puis des pics couverts de glace qui se détachaient sur l’horizon. Cà et là passaient quelques hommes hagards, nus et grelotant qui allaient et venaient en portant des pierres.

Le roi, Gudule et Vetus étaient dans le monde de l’esprit. Le vent froid et la bruine qui y règnent sont l’incertitude de laquelle les hommes cherchent à s’abriter en se bâtissant des refuges de pierres. Ici, chaque édifice est la philosophie ou la religion que s’est construite une personne et chaque pierre est une idée ou une croyance. Aussi, chaque construction reflète la personnalité de son bâtisseur : l’un choisi le style grec, l’autre, le Nazaréen, un autre encore, l’oriental. Les murs en sont d’autant plus épais que leur habitant est frileux. Afin de trouver les pierres pour construire leurs abris, beaucoup ne s’écartent guère du lieu où ils sont établis. Certains innovent mais ils sont rares. Lorsque par malheur leurs certitudes se sont effondrées sous la tempête, ils succombent ou errent transis de froid parmi les croyances présentes et les vestiges des anciennes pour se reconstruire un abri. Les constructions les plus complexes de ce monde sont celles des mystiques et des philosophes. Ici, ce sont eux les architectes. Ils visitent inlassablement les assemblages les plus imposants de leurs prédécesseurs et ramènent telle ou telle pierre convenant bien au renforcement de leur logis. Ils n’en meurent pas moins. A leur tour, leurs édifices inspirent le respect et de nombreux voyageurs viennent y chercher des matériaux.

Le roi dit à Gudule : « Contemple jusqu’à l’horizon les constructions des croyances d’hier et d’aujourd’hui sur lesquelles des hommes viennent chercher des pierres pour se bâtir un refuge afin de survivre. » Et Vetus ajouta : « Car ici aussi les hommes sont des bêtes à sang chaud. »

Tandis qu’ils parlaient, Gnafron les écoutait à travers les portes et il se demandait s’ils n’étaient pas fous. Alors le colosse entra. Il les vit tous les trois au milieu de la pénombre, penchés en silence devant le lutrin sur lequel étaient ouverts quelques livres faiblement éclairés par la lueur d’une chandelle que tenait le roi.

A l’instant même où Gnafron entra, Gudule entendit dans son dos le bruit d’un éboulement. Il se retourna et vit alors un homme nu sortant le buste d’un monticule de cailloux et qui d’une voix à peine audible à travers le vent et la bruine demanda : « Mais de quoi parlez-vous ? » Gudule reconnu Gnafron. Le roi dit alors à ce dernier : « Nous vous attendions. » Mais le colosse répondit en grelotant: « Je ne sais pas lire… Et puis j’ai froid. ». Vetus tandis alors une coupe de vin à Gnafron et déclara… »

Jean prit le grand verre de soda qui était devant Lucie, le leva devant lui et dit avec un grand sourire :

« … Buvez, car ceci est mon sang ! »

Et Lucie rit.

Jean continua : « Gnafron bu et ne sentit plus le froid. Le roi lui dit : « Vous n’aurez pas besoin de lire, nous vous expliquerons. Suivez-nous, nous avons quelque chose à vous montrer. » Et ils se mirent en route.

Pendant que la fête continuait dans la salle du banquet, ils marchèrent toute la nuit sous le ciel vert illuminé. A travers le paysage minéral et les hurlements du vent, ils traversèrent une forêt de dolmens renversés. Dans une vallée ravinée par la pluie croulait le cénotaphe d’un dieu cerf décharné. Plus personne ne venait par ici. Ils virent des cimetières de dragons, des cadavres fossiles à têtes d’éléphants, des sarcophages de chats et de serpents. Au pied de montagnes gisaient de gigantesques condors aux ailes brisées ainsi que le trône d’un serpent à plumes qui avait depuis longtemps abdiqué. Ils enjambèrent des rivières de glace et passèrent aux pieds de pics vertigineux. Dans le souffle, Vetus tenait la main de Gudule.

Sur un plateau rocailleux où ils peinaient à tenir debout, ils longèrent un dédale de colonnes grecques et d’arbres pétrifiés. A travers le vent qui sifflait, une voix fantomale disait : « Chacun de nous quitte la vie avec le sentiment qu’il vient à peine de naître. » C’était Epicure en son jardin. Face à une mer de glace, les trois hommes et l’enfant passèrent devant une austère villa romaine surmontée de mâts de navires. A travers la bruine leur parvînt les paroles d’un vieil homme : « Vis pour autrui si tu veux vivre pour toi. » C’était Sénèque qui parlait à son ami Lucilius. Il était enfin arrivé à bon port. Des passants grelotant y venaient encore. Plus loin, des hommes se dressaient, immobiles et silencieux dans la tempête, contemplant l’horizon. « Qui sont-ils ? » demanda Gnafron. Le roi répondit : « Ce sont les sceptiques, ils sont peu nombreux, à leur tête est Pyrrhon. » Dans une vallée lessivée par la pluie, l’équipage passa près d’une grande tente de granit sculptée de glaives et du visage d’une femme. C’était Marc Aurèle, à jamais en campagne et pensant à Faustine en rédigeant son journal. Non loin était un amphithéâtre d’où leur parvînt l’écho d’un orateur. Cicéron enseignait pour toujours. Ils croisèrent un petit groupe d’hommes vêtus de scapulaires noirs qui passaient dans le froid. Puis, sur un plateau désertique se tenait un édifice en pierres de Nazareth sculpté d’outils de charpentier, d’étoiles et d’une croix. Le vent leur souffla : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans le tien ? » D’innombrables constructions jonchaient l’étendue où des hommes et des femmes tremblants allaient et venaient avec des pierres. Le roi dit: « Tenez-bons car notre destination est proche. » Sur le chemin, Gnafron commença à voir le roi, Vetus et Gudule tels qu’ils étaient. Ils passèrent devant un monticule de pierres d’Afrique, de colonnes antiques et de croix de roches. A Gnafron, le roi dit simplement: « Saint-Augustin ». Puis ils longèrent des défilés de voutes romanes érodées par la pluie et exposées à tous les vents. A l’intérieur se tenaient quelques gens grelotant. Un homme en noir tentait de consolider un arc qui menaçait. Le roi dit : « Ce sont des nôtres. Beaucoup errent dehors. ».  En continuant leur chemin, ils virent un homme transi de froid devant un chevalet de pierre. C’était un artiste qui était sorti des murs de ses représentations. Il pouvait enfin voir et peindre les êtres tels qu’ils étaient vraiment. Il allait bientôt mourir. Gnafron voulu l’aider. Le roi le retînt par le bras : « Ici, vous ne pouvez rien pour lui. »

Lorsqu’ils parvinrent au sommet d’une montagne désolée battue des éléments, les trois hommes et l’enfant se retournèrent. Ils virent sous le ciel vert les immenses cités formées par les édifices de tous les êtres, perpétuels chantiers où grouillait dans le froid une multitude de fourmis allant et venant avec des pierres. Plus loin gisaient les vestiges d’une ville abandonnée. Et entre les constructions, et entre les cités, ils virent les sillons creusés par le passage des hommes au cours du temps. Le petit groupe traversa bien d’autres vallées et bien d’autres défilés rocheux. Enfin ils arrivèrent.

Devant eux s’étendait une vaste plaine minérale au centre de laquelle commençait à se dresser un édifice aux dimensions monumentales. Gudule et Gnafron n’avait jamais rien vu de tel. De grands et fins piliers se prolongeaient en arcs pour soutenir une large voûte. Sur le formidable chantier, une foule d’hommes s’affairait à assembler les éléments de l’ouvrage. Là étaient des blocs d’Evangiles, ici des morceaux de Boèce, là encore, d’Aristote. Beaucoup étaient en scapulaires noirs. C’était donc en ce lieu qu’ils rapportaient des pierres. Gnafron demanda au roi :

« Où sommes-nous ? Qu’est-ce que cela ?

– Nous sommes dans le scriptorium, là où travaillent nos moines, nos savants et nos alchimistes. Sous la direction du premier architecte, Vetus, ils construisent dans ce monde un édifice susceptible de nous accueillir tous. Ainsi les braves gens n’auront plus à errer dans le froid parmi les ruines des croyances anciennes. Du moins auront-ils un lieu pour se retrouver et se réchauffer lorsqu’ils le souhaiteront. »

Gudule et Gnafron levèrent les yeux vers l’immense voute qui se dessinait sous le ciel vert. Toute la construction tenait grâce à une unique pierre. « La pierre philosophale… » dit Gudule qui comprit alors l’intention du roi et de Vetus : « Personne n’a jamais construit un édifice aussi fragile et aussi grand dans le monde du dehors. Cela prendrait toute une vie. » Le roi répondit : « Cela prendra plusieurs vies. Mais c’est la seule solution que nous avons trouvée. Tu prendras ma succession. » Alors Gnafron intervînt : « Qu’est-ce, au juste, que cette pierre philosophale ? » L’enfant dit : « Pour cultiver les champs qui nous nourrissent, il faut des paysans. Pour protéger nos récoltes, il faut des soldats. Pour construire les maisons qui nous abritent, il faut des artisans. Pour conserver notre savoir, il faut des érudits. A chaque tâche son ouvrier. Ainsi chacun survit grâce à l’entraide de tous. Rares survivent les hommes quand ils sont désunis. Mais rares aussi sont les hommes qui aiment leur prochain comme eux-mêmes car beaucoup sont égoïstes. Si les gens croient que leurs actions généreuses seront récompensées après leur mort tandis que leurs actions égoïstes seront châtiées, alors, par égoïsme, ils seront généreux. Et l’égoïsme sera transformé en entraide. Autrement dit, le plomb sera transformé en or. » Gnafron dit : « Mais alors, l’âme n’existerait pas et le Paradis ne serait qu’un mensonge ? » Le roi demanda à Gnafron : « Si vous deviez choisir entre ce qui est bon et ce qui est vrai, Gnafron, que choisiriez-vous ? Et si cette croyance était fausse, prendriez-vous la responsabilité de la révéler comme telle ? »

Gnafron ne sut que répondre. Il posa une autre question, à Vetus :

« Si les représentations de nos gens se sont écroulées, pourquoi ne pas simplement adopter une construction telle que nous en avons vu d’innombrables sur notre chemin ? L’édifice de Cicéron, ou bien celui de Boèce, par exemples, n’étaient-ils pas suffisants pour nos gens ?

– L’être d’un homme est ce à quoi il s’identifie. Il s’agit dans une certaine proportion de son corps et, dans d’autres, de ses croyances, ses enfants ou son royaume. L’homme étant fait pour la conservation de son être, si son corps, ou si cette part de son être qui n’est pas son corps, est en danger, alors il se défendra. Cette part qui n’est pas son corps, nous l’appelons l’âme. Elle peut-être blessée par des mots ou des images aussi bien que le corps par des flèches. Par là où l’on peut blesser un homme se dessinent les contours de son être. Ainsi, nous autres artistes peignons des corps nus entourés de symboles, car les vêtements ne sont qu’apparence. C’est pourquoi les hommes se regroupent par affinités afin d’éviter les blessures de l’âme et leurs conséquences, ou que, lorsque les croyances, les enfants ou le royaume d’un homme constituent une part de son être plus importante que celle de son corps, alors, à choisir, il sacrifiera son corps afin de préserver son être. »

Le portait que le peintre avait fait de Gnafron ne montrait pas un chevalier en armure mais un simple homme nu sur un monticule sculpté d’une fragile petite croix, de quelques branches d’olivier de son pays natal ou encore du visage de sa sœur. Il représentait Gnafron tel qu’il était vraiment et celui-ci le brûla afin que personne ne le vît. Comme le corps, l’âme a sa pudeur et répugne à être vue nue lorsqu’elle n’est pas vulgaire. Le roi avait toujours aimé Gnafron car sa pudeur d’âme lui rappelait celle de la reine. Vetus poursuivit :

« Le roi doit harmoniser les représentations qui permettent à nos gens de cheminer dans l’existence et celles de nos savants qui cherchent à voir le monde tel qu’il est. Aussi nos moines vont-ils puiser sur les édifices de toute époque les leçons de sagesse et les savoirs accumulés afin d’en rapporter des pierres pour bâtir un nouvel édifice cohérent. Mais cela ne suffit pas.

Si une représentation occupe une faible part de son être, l’homme ne la défendra pas et l’abandonnera facilement. A l’inverse, si elle en occupe une grande part, il s’y accrochera ardemment pour conserver son être. En conséquence, les représentations survivent d’autant plus longtemps à l’avancée du savoir qu’elles sont faites pour occuper une part importante de l’être, par exemple en rabaissant celle du corps ou des activités profanes. Mais si une représentation occupe une part trop grande de l’être, lorsque des hommes produiront de nouvelles représentations plus proches du monde tel qu’il est réellement, alors les âmes des autres seront blessées et ceux-ci les tueront afin de préserver leur être.

Nos alchimistes doivent trouver la juste proportion afin que les nouvelles représentations communes obtiennent un attachement suffisant de nos gens pour perdurer, mais point trop afin de permettre le fleurissement des arts et des sciences que nous souhaitons pour les siècles futurs. Le roi devra alors maintenir cette juste proportion. »

Gudule dit au roi et à Vetus : « Vous savez que ce n’est qu’une question de temps avant que la croyance de la pierre philosophale ne tombe. Alors l’édifice qui est dans ce monde s’écroulera et les braves gens y erreront de nouveaux sous la pluie et le vent, dispersés parmi toutes les croyances et les vestiges des croyances passées, le bien des uns devenant le mal des autres et inversement. Et dans le monde du dehors, ils redeviendront égoïstes et désunis. Alors ce sera de nouveau l’apocalypse. Combien de temps espérez-vous que ces représentations tiennent ? » Le roi répondit : « Le plus longtemps possible… Ensuite, il faudra tout recommencer. C’est pourquoi le secret de la pierre philosophale ne devra jamais être révélé. Les travaux des alchimistes resteront un mystère. Je les ai souhaités dans un langage secret. Les architectes et ceux qui travailleront sur le chantier resteront anonymes. Enfin, les rois qui te suivront conserveront le secret, maintiendront la juste proportion et promouvront les arts plutôt que les sciences. »

Au milieu du paysage de roches, les trois hommes et l’enfant contemplaient la religion rénovée qui commençait à se dresser sous le ciel vert. Puis, laissant Vetus dans le scriptorium, Gudule, le roi et Gnafron s’en retournèrent dans la bibliothèque. L’enfant demanda au roi : « Lorsque vous avez rencontré Vetus pour la première fois, comment avez-vous su qu’il voyait les gens tels qu’ils étaient ? Le roi répondit : « La reine était une femme chaleureuse et cultivée mais elle était aussi idéaliste et ne s’estimait jamais assez bonne pour que les gens la voient telle qu’elle était. Aussi tous la voyaient froide, sauf moi qui la connaissais. Il me vînt un jour l’idée de faire exécuter son portrait ici-même, dans la bibliothèque où elle passait nombre d’heures. Tous les peintres auxquels je confiais cet ouvrage la représentèrent fidèlement telle qu’ils la voyaient parmi les livres ; tous, sauf Vetus qui la peignit exactement telle qu’elle était vraiment. Alors j’ai su qu’il pouvait voir et je le nommais premier peintre. »

Avec affection, le roi parla longuement de la reine et de leur enfant. Tandis qu’il se les remémorait et les décrivaient à Gudule et Gnafron, ceux-ci les virent apparaître sous le ciel vert, dans la brume aux côtés du roi. Gnafron demanda : « Et comment se fait-il que Gudule ait su voir tout seul ? » Alors Gudule évoqua le souvenir de ses parents et de sa petite sœur emportés par la peste et Gnafron les vit eux aussi apparaitre aux côtés de l’enfant. Gudule dit : « C’est ici que je leur parle. » Intrigué, Gnafron demanda : « Est-ce que moi aussi, un jour, j’apparaitrais dans ce monde ? » Le roi dit à Gnafron : « Ne sais-tu pas qu’avec le passage du temps les grands auteurs finissent par être reconnus comme tels tandis que les auteurs insignifiants sont oubliés, et qu’il en va de même pour les peintres, les érudits, les rois et tous les autres hommes ? » Gnafron considéra la chose et dit : « C’est en effet ce qu’il me semble. » Le roi lui demanda alors : « N’y a-t-il donc pas une justice après la mort qui finit par reconnaître les gens tels qu’ils étaient vraiment ? » Un frisson parcouru Gnafron. Il tourna lentement sur-lui-même et contempla ce monde intemporel de roches et d’eau balayé par le vent où gisaient les vestiges des croyances passées et où survivaient les souvenirs des morts tels qu’ils avaient été réellement. Il regarda la défunte reine et son enfant aux côtés du roi et il regarda les parents de Gudule et sa petite sœur qui l’entouraient. Et il comprit. Il n’y avait aucun mensonge. Il n’y avait qu’une vérité incroyablement tenue. C’était donc cela le Paradis.

Et il se vit tel qu’il était, et il se rendit compte qu’il était nu.

Sur la vaste plaine, au milieu des bourrasques, il s’agenouilla devant Gudule et promit de l’aider à construire le nouvel édifice pour le bien des gens. Le roi drapa Gnafron de sa cape et l’aida à se relever. Au loin, le premier architecte les observait. Il se dit que Gnafron n’était déjà plus cet homme nu sur son tas de cailloux et qu’il lui faudrait repeindre son portrait différemment.

Puis le roi souffla sur la chandelle et le vent s’arrêta. Le silence et l’obscurité emplirent de nouveau la petite bibliothèque.

Au cours des années qui suivirent, jour et nuit dans les scriptoria des hommes assemblaient les pierres de l’édifice harmonisant croyances et connaissances pendant qu’au dehors les gens grelotaient. En dépit des temps sombres, le royaume connaissait une effervescence intellectuelle.

Alors qu’ils avaient presque tous disparus, les derniers artistes vinrent voir le roi et ils lui dirent : « Sire, nous leur montrons mais ils ne voient pas. » Le roi dit : « Je sais. » Un garde était là qui ne disait mot. Les artistes ajoutèrent : « Sire, nous leur disons mais ils n’entendent pas. » Le roi dit : « Je sais, mais allez en paix car nous veillerons sur eux. ». Aussi cessèrent-ils de dire et de montrer. Et ils marchèrent sur le chemin de leur apocalypse.

Un matin, un cavalier arriva au château pour annoncer la mort des artistes. On ouvrit la chambre du roi : il n’était plus. Celle-ci ne comportait qu’un lit, une petite table et une chaise. Dans la pénombre, des prêtres veillaient le corps. Vetus se tenait en retrait. A côté du visage du roi était le portrait de la reine qu’il avait peint jadis. On y voyait une jeune femme au sourire énigmatique dans un paysage de roches et de brume sous un ciel vert. Au loin apparaissaient à travers l’atmosphère vaporeuse des rivières et des pics rocheux se détachant sur l’horizon. Avant sa mort, le roi fit promettre à Vetus de veiller sur le portrait de la reine et de faire en sorte que son souvenir et celui de leur enfant survivent éternellement au Paradis. Vetus emporta le portrait et disparu.

Comme des gens désemparés restaient dans la cour du château, le garde du défunt roi s’avança et dit : « Braves gens, aimez les artistes comme ils vous ont aimé. » Les gens pleuraient mais il était trop tard. Le roi n’était plus. Ils étaient désunis. Le royaume était laid car les artistes n’étaient plus. Tandis que les prétendants se disputaient déjà le trône, le corps du roi attendait sa sépulture. On annonçait la fin du monde.

Un glas sonna. Le Soleil se coucha. C’était l’an mille.

Mais au troisième jour de ténèbres, parmi les gens, afin que tous le voient et que tous l’entendent, un enfant se leva. Et il dit : « Nous construirons une nef de pierres s’élevant jusqu’au ciel. Et nous la couvrirons de mille sculptures. Et nous la peindrons de mille couleurs. Et nous y chanterons la plus belle musique du monde. »

Bien des années après la mort d’Aenius puis celle de Gudule, un enfant de la famille des Orphelins, qui était abbé, ouvrit enfin les portes du nouvel édifice. On vit alors les arcs immenses de la voute qui convergeaient vers une pierre unique peinte d’or et de vert. Sur le tombeau du roi veillait une statue de la jeune reine tenant un nouveau-né dans ses bras. Un inconnu avait déposé une coupe sur l’autel. Il y restait un fond de vin. D’aucuns dirent avoir aperçu la robe d’un enchanteur. »

Ainsi Jean termina son récit. Un air froid fit tressaillir Hélène tandis que la bruine sur la vitre du train dessinait des colliers de perles. Elle dit : « Ce conte est beau mais il contient une incohérence. Dieu interdit aux hommes de toucher à l’Arbre de la connaissance du bien et du mal en son absence. Pourtant, c’est ce que fit Vetus. »

Lucie sourit.

Le train s’arrêta au milieu de nulle part. Le vieil homme au blouson noir et la petite fille en descendirent. Hélène les regarda s’éloigner, marchant côte à côte sur un chemin de pierres. Le vent, sur la vitre perlée, chantait et faisait vibrer l’horizon. Dans le souffle, Jean tenait la main de Lucie. Les longs cheveux d’or de l’enfant dansaient sous un ciel vert.

FIN

Éclairage sur les personnages:

A la mort du roi Aenius, Vetus emporte le portrait de la reine et réapparait sous le nom de Léonard de Vinci aux côtés de François 1er avec la Joconde et le Saint Jean-Baptiste dont il fait référence à Gudule.Vetus est en réalité Dieu qui revient périodiquement avec un enfant prodige pour rétablir l’équilibre des représentations (Socrate avec Platon, Joseph avec Jésus, Merlin avec Arthur, Vetus avec Gudule, Jean avec Lucie). Historiquement, le personnage de Vetus est inspiré de Gerbert d’Aurillac, pape français qui vécut en l’an mille et qui ressemblait à de Vinci. Le roi Aenius est inspiré de Robert le Pieux, et la reine, de Berthe de Bourgogne, grand amour de Robert le Pieux avec lequel elle eut un unique enfant, mort à la naissance. Le conte de Jean s’achève sur la renaissance du XIIème siècle. L’édifice qui apparait à la fin du conte est le premier de style gothique, à savoir la basilique Saint-Denis. Celui qui l’inaugure est l’abbé Suger, dont la famille était « probablement liée à la famille chevaleresque des Orphelins » (Wikipédia).


4 commentaires

  1. ChocoBilly dit :

    Mais quelle est donc la couleur du ciel que vos yeux perçoit ?

    Ce que le vent souffle par ici ressemblerait à :
    « la voie symbolique du roi réserve aux porteurs de pierre le libre choix de continuer leur activité. »
    Merci d’avoir illustrer, avec tant d’esthetisme et de justesse, le rôle de chacun et l’ecolution qui lui est associée.

    « en son absence », ces trois mots, s’ils étaient absents, modifieraient à eux seuls le cours de ce récit.

    Bravo ;-)

    • ChocoBilly dit :

      Édit : « évolution » au lieu de « ecolution »

      PS : Je ne sais pas si cette référence a sa place ici ; je vois quelques parallèles avec le dénouement de l’anime Code Geass.

      • Derville dit :

        On m’a déjà parlé de Code Geass mais je ne l’ai pas encore vu. C’est bien ? (ça semble)

        Pour les références, il faudrait plutôt voir du côté de Gerbert d’Aurillac, Robert le Pieux et de la renaissance du XIIème siècle.

      • ChocoBilly dit :

        Merci pour les références et liens associés.
        Pour Code Geass, ça commence avec des combats de robots, les protagonistes rebelles se rapprochent peu à peu des organes politiques. L’empereur cache soigneusement son dessein derrière ses attitudes de dictateur. Vers la fin, les personnages s’aperçoivent à quel point le pouvoir est lié au divin.
        La nouvelle génération aura perçu les choses sous un autre ciel…

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